Maître Philippe de Lyon (1849-1909)

Son enfance

M. Philippe naquit au Rubathier, commune de Loisieux, canton de Yenne en Savoie, le mercredi 25 avril 1849 à trois heures du matin. On lui donna les prénoms d’Anthelme, Nizier.

A cette époque, la Savoie était encore italienne, mais les parents de M. Philippe étaient français. Ils habitaient une toute petite maison au sommet d’une colline, avec une pièce en bas et deux en haut. Ils avaient un enclos, quelques champs et des vignes. Il y avait 300 habitants dans cette commune et parmi eux beaucoup de Philippe.

Lorsqu’elle l’attendait, sa mère fit une visite au curé d’Ars qui lui révéla que son fils serait un être très élevé.

Durant l’accouchement, sa mère, Marie, qui curieusement ne ressent aucune douleur, ne cesse pas de chanter.

De son enfance voici ce qu’il en dira plus tard : «J'ignore tout de moi, je n'ai jamais compris ni cherché à m'expliquer mon mystère. J'avais six ans à peine et déjà le curé de mon village s'inquiétait de certaines manifestations, dont je n'avais pas conscience... J'obtenais des guérisons dès l'âge de 13 ans, alors que j'étais encore incapable de me rendre compte des choses étranges qui s'opéraient en moi.» (Mercure de France 16 juin 1918).

Sa prime jeunesse va se passer comme celle d’un jeune paysan pauvre, sans histoires.


À quatorze ans, il décide de quitter son village pour se rendre à Lyon où un de ses oncles est établi comme boucher.

Avant son départ, il avait gravé, au-dessus de la porte de la maison familiale une étoile.

C’est nus pieds qu’il effectuera ce trajet. Il est engagé comme apprenti par son oncle Vachod, boucher, 2 rue d’Austerlitz, à la Croix-Rousse pour effectuer les livraisons.

Parallèlement il fait ses études à l’Institut Sainte-Barbe, c’est un très bon élève, il obtient le « certificat de grammaire », nous sommes dans les années 1860, ce certificat est décerné avec parcimonie. Il ne peut à son grand regret continuer ses études jusqu’au bac, sa « survie » est liée aux 30 francs que lui accorde mensuellement son oncle et, bien entendu, quelques pourboires.

Les Guérisons

 

Le jeune Nizier décide d’apprendre la médecine, il s’inscrit à la Faculté de Médecine comme auditeur libre (il existe des documents mentionnant ces inscriptions). À lHôtel-Dieu, il fréquente plusieurs services, en particulier celui du Professeur Bénédict Teissier à la salle Saint Roch, tous les médecins qu’il rencontre ne tarissent pas d’éloge concernant le jeune élève.

Sa soif d’apprendre n’a pas de limites, il lit énormément tout ce qui a, de près ou de loin,  un rapport avec la médecine et la science, toutes les revues de vulgarisation de l’époque passent à la « moulinette-Nizier ». Cela va de la chimie à l’occultisme, en passant par tout ce qui traite des religions.

Au cours de ses études de médecine, de mystérieuses et très nombreuses guérisons se produisent.

Un jour il avisa un malade qui pleurait dans son lit parce qu’on devait lui couper la jambe le lendemain. Il lui assura que l’opération ne se ferait pas et lui fit promettre de ne rien dire. Le lendemain le chirurgien, stupéfait, constata que le malade était en voie de guérison et il demanda ce qui s’était passé. Le malade répondit : ” C’est ce petit monsieur brun qui m’a vu “.

Un autre jour il visita trois soldats qui avaient la fièvre typhoïde au dernier degré. On attendait leur mort d’un moment à l’autre. Le Maître, s’approchant de leur lit, leur dit : ” On vous considère comme perdus, ne le croyez pas ; vous guérirez tous les trois. Demain vous entrerez en convalescence et vous serez envoyés à Longchêne “. L’un des soldats lui dit : ” Oh! merci, monsieur; mais vous êtes certain que nous puissions échapper à notre terrible maladie ? – Ne craignez rien, je vous l’affirme “.

Le lendemain les soldats entraient en convalescence. Ils furent envoyés à Longchêne et ils guérirent tous les trois.


Suite à ces guérisons miraculeuses et connaissant la réputation de Philippe, tous les regards se tournent vers lui, le professeur se pose des questions, les étudiants le jalouse. Comme il faut bien reconnaître que l’apprenti médecin soigne et de plus guérit des malades alors même qu’il n’a aucun diplôme officiel, une cabale est instaurée contre lui.

L’interne Albert le fit écarter du service. Il lui fut alors interdit de suivre les cours, «parce que faisant de la médecine occulte, véritable charlatan». Il dut écrire au ministre pour avoir ses papiers et son exeat. ; il se voit refuser sa cinquième année d’auditeur libre à la Faculté.

Voici ce qu’écrira plus tard le docteur Lalande, gendre de Philippe et membre de l’Institut : «Il fréquenta les hôpitaux de Lyon, très aimé des uns et détesté des autres. Il consolait les malades et souvent demandait aux médecins de ne pas les opérer. Parfois les malades se trouvaient guéris avant la date fixée pour l'opération.»

Et comme il faut bien vivre et payer ses études, il continue son apprentissage à la boucherie. C’est là que va arriver un incident marquant : son oncle d’un coup de hachoir se tranche le pouce, qui ne tient pratiquement plus à la main, le sang coule abondamment, le jeune apprenti fixe une attelle de fortune, fait un pansement et se met en prière, demandant à Dieu de  recoudre le tout.

En quelques instants le sang coagule, la plaie cicatrise, l’oncle est amené d’urgence à l’hôpital où le médecin de garde ne peut que constater « la guérison ». Il n’y aura même pas à faire de points de sutures , il se contente de poser une attelle pour immobiliser le doigt et refait le bandage. Bien entendu cette histoire fait le tour du quartier la réputation du jeune apprenti est déjà faite.

Guérisseur à plein temps

En 1872, il ouvre son premier cabinet de guérisseur spirituel, boulevard du nord à Lyon (aujourd’hui boulevard des Belges).

Le 6 octobre 1877 va être un jour marquant pour Nizier Anthelme Philippe : il épouse mademoiselle Landar. Il faut quand même vous dire que quelque temps auparavant, la demoiselle Landar en question, très gravement malade, était condamnée par la médecine. Comme ses parents n’avaient pas de difficultés financières, inutile de dire que tout avait été tenté. En désespoir de cause, on l’emmena voir ce « Monsieur Philippe » qui paraît-il accomplissait des miracles. Le miracle eut lieu…

Jeanne Landar est issue d’une riche famille d’industriels lyonnais, sa dot, comprend plusieurs maisons. Celui que bientôt tout le monde appellera Maître Philippe va ainsi pouvoir vivre comme un rentier. Cette fortune inattendue va lui permettre de se consacrer totalement à la médecine et aussi d’aider, secrètement, ceux qui en ont le plus besoin.

À partir de maintenant  Maître Philippe va pouvoir organiser son emploi du temps, ne dormant jamais plus de cinq à sept heures tous les quinze jours, il partage son temps entre les séances de guérison, ses cours de magnétisme, sa famille, ses voyages.


La renommée de Maître Philippe va grandir de jour en jour. A compter de maintenant toute sa vie est consacrée aux malades et aux pauvres. Sa renommée s’étend au-delà de nos frontières, en 1881 il fut appelé par le bey de Tunis, et en reconnaissance des soins qu’il lui donna, il fut nommé le 22 février de la même année officier du Nicham Iftikar.

Le 6 mars 1884 il fut nommé capitaine des Sapeurs-Pompiers de L’Arbresle par décret du ministre de l’Intérieur qui était alors Waldeck-Rousseau.

Le 23 octobre 1884 lui fut conféré le doctorat en Médecine par l’Université de Cincinnati (Ohio U.S.A.). Il avait présenté à la Faculté de Médecine de cette ville une thèse intitulée : «Principes d’hygiène à appliquer dans la grossesse, l’accouchement et la durée des couches».

Le 24 décembre 1884, l’Académie Christophe-Colomb à Marseille (Beaux-Arts, Science, Littérature, Industrie) l’admit comme membre correspondant.

Le 28 avril 1885 la ville d’Acri (Italie) lui décerna le titre de Citoyen d’Honneur «pour ses mérites scientifiques et humanitaires».

Le 15 janvier 1886 la Croix-Rouge française l’inscrivit sur son Livre d’Or comme Officier d’Honneur.

Le 20 avril 1886 il fut nommé Membre Protecteur de l’Académie Mont-Réal à Toulouse.

Le 12 mai 1886 l’Académie Royale de Rome lui conféra le titre de Docteur en Médecine honoraire.

Maître Philippe au 35 rue tête d'Or à Lyon

 

C’est en 1886 qu’il s’installa 35 rue Tête-d’Or où il donna des séances jusqu’en novembre 1904.

Voici comment se déroule une séance de guérison, dans son hôtel, 35 rue de la tête d’or : dans la salle se trouvent entre 80 et 100 personnes. Maître Philippe qui a physiquement tout du « petit rentier de province », (son côté bonhomme rassure), fait souvent rire ses patients. Il se promène au milieu d’eux,  il ne touche pas ses malades, il a même le pouvoir de soigner à distance, jamais il n’impose les mains.

 

Il s’adresse au malade et va « négocier » sa guérison : « Promettez-moi de ne dire du mal de personne pendant une journée » ; comme le patient explique que cela lui est très difficile la négociation continue, parfois le malade s’engage simplement pour une heure … Et il est guéri. On a souvent l’impression d’assister à un marchandage. Inutile de dire que Maître Philippe ne demande jamais d’argent, la seule rétribution qu’il demande est un engagement moral, l’abandon d’un procès, l’adoption d’un enfant, un don à une société de bienfaisance…

Le temps des attaques et des procès

 

Le 3 novembre 1887 il fut condamné pour exercice illégal de la médecine. En 1890, deuxième condamnation. Enfin traduit à nouveau deux fois en correctionnelle en 1892, il ne fut plus inquiété à partir de cette date.

Contrairement aux occultistes de l’époque, (Docteur Encausse plus connu sous le nom de Papus), Maître Philippe ne s’éloignera jamais de l’Église, il ne veut pas qu’on le prenne pour un mage, un occultiste ou un quelconque gourou.

Des milliers de personnes seront sauvées par Maître Philippe. Au bout d’un certain temps, ses détracteurs se lasseront de lui faire des procès, de nombreux médecins lui enverront leurs patients incurables.

Les cas de guérisons réalisées devant des centaines de personnes, des médecins, des scientifiques sont innombrables, il existe des témoignages faits devant notaire ; lors de ses inculpations de nombreux rapport de police témoigneront en sa faveur. `
                    
Ce qui est très curieux c’est que, tout jeune, Nizier avait déjà ce don ; ses  camarades de classe lorsqu’ils avaient mal à la tête demandaient au Maître l’autorisation d’aller s’asseoir à côté de lui, et le mal  disparaissait comme par enchantement.

Étrangement, Maître Philippe se disait catholique, mais ses rapports avec l’Église étaient assez « distants ». Lorsqu’on lui parlait de religion, il conseillait de s’en tenir à celle de son pays. Maître Philippe a toujours condamné les sectes, l’occultisme, le spiritisme, toutes « les sciences » qui étaient censés prédire l’avenir ; pour lui le seul enseignement valable était celui de l’évangile, plutôt que celui de l’Église de Rome.

Le Maître semblait n’attacher qu’une importance secondaire à la technique habituelle du magnétisme curatif, et notamment aux passes qu’il n’utilisait jamais lui-même. Sans cesse il revenait sur les enseignements donnés aux séances quotidiennes, en insistant sur l’humilité, la prière et l’amour du prochain, sans lesquels toute tentative de soigner les malades par le magnétisme resterait inopérante. «Pour traiter par le magnétisme ordinaire, disait-il un jour, il faut être très fort .

Au contraire, pour pratiquer notre magnétisme, il faut être très faible, c’est-à-dire charitable et humble de cœur, car celui qui serait très petit pourrait dire : "Il me plaît que cet enfant soit guéri et il le serait».

Le 1er août 1901 le Prince de Monténégro lui conféra l’Ordre de Danilo Ier «pour des services exceptionnels rendus au peuple monténégrin et à Nous».

Maître Philippe et la Russie

Deux dames russes de la Cour, de passage à Lyon, vinrent consulter M. Philippe et firent ensuite les plus grands éloges sur son compte. Le grand Duc Wladimir fit alors sa connaissance à Lyon et, de retour en Russie, le fit appeler. M. Philippe se rendit à l’invitation le 29 Décembre 1900.

Le départ eut lieu à la gare de l’Est. Il resta environ deux mois en Russie ou il gagna l’estime de tous ceux qui l’approchèrent et eurent le privilège de l’entendre.

Après son retour en France, il fut l’objet de commentaires si élogieux que les souverains voulurent connaître cet «homme» qui avait fait et laissé une telle impression sur tous.

A la suite de ce séjour l’empereur Nicolas II et l’impératrice Alexandra entendirent tant d’éloges du Maître qu’ils firent savoir par la grande-duchesse Militza qu’ils aimeraient le voir à l’occasion de leur voyage en France, La rencontre eut lieu à Compiègne le 20 septembre 1901. M. Philippe fut présenté à l’empereur Nicolas II et à l’impératrice Alexandra par la grande-duchesse Militza

Cette première entrevue fut concluante. Les souverains demandèrent à M. Philippe de bien vouloir revenir en Russie, ce qu’il fit quelques temps après où une maison lui fut préparée à Tsarskoï-Sélo, la résidence impériale. Sa fille et le docteur Lalande l’accompagnèrent.

 

Très rapidement, M. Philippe eut sur Nicolas II et sur l’impératrice un ascendant tel qu’aucune décision importante n’était prise sans qu’il fût consulté au préalable. L'on a prétendu, de différents côtés, que c’était grâce à la nécromancie, à l’hypnose, aux pratiques spirites, à la suggestion, que M. Philippe avait acquis un tel prestige. C’est là une erreur, car M. Philippe était hostile à toutes ces pratiques.

Le général Spiridovitch, ancien chef de la sûreté personnelle de l’empereur, a confirmé ces faits, en 1928. Le guérisseur était un homme «bon, très pieux, et capable de guérir par la prière, un grand nombre de maladies». (Livre: "Les dernières années de la Cour de Tsarskoïe-Sélo").

Pendant son séjour à la cour, M. Philippe obtint des guérisons qui firent sensation, guérisons dues, bien entendu, à la seule prière et non à la pharmacopée. Enfin, il étonna les médecins russes les plus réputés, par la précision et la sûreté des ses diagnostics.

Les souverains auraient bien voulu que M. Philippe fût titulaire du diplôme français de docteur en médecine. Le Tsar, demanda que le gouvernement français accorde à M. Philippe le diplôme de médecin. Cette demande insolite ne pouvait qu’indisposer les dirigeants français à l’égard de M. Philippe. Ils ne pouvaient évidemment pas se douter que M. Philippe serait ‘remplacé’ un jour par Grégory Raspoutine.

Le président Loubet demeura embarrassé. Sans plus attendre, le Tsar venait de faire nommer M. Philippe, médecin de l’armée russe et conseiller d’État, président d’une commission d’inspection sanitaire. Le 8 novembre 1901 il fut reçu Docteur en Médecine par l’Académie Impériale de Médecine militaire de Saint-Pétersbourg, et inscrit sur le livre des diplômes sous le n°27.

La Grande Chancellerie de la Légion d’Honneur délivra le 2 août 1902 l’autorisation du port de cette décoration à «M. Philippe Nizier, Médecin en Russie.»

A propos des distinctions honorifiques, M. Philippe dit ceci : «Si un prince vous donne une décoration portez-la pour ne pas lui faire de peine ; c’est un hochet que l’on déposera une fois chez soi.» «Mieux vaudrait qu’il n’y en eût pas.»

Les dernières années

 

Il est bien connu que ceux qui ont des pouvoirs ne peuvent généralement pas les utiliser pour eux-mêmes ; lorsque la fille de Maître Philippe tomba malade, il ne put rien faire pour la sauver, où ne voulut pas le faire, estimant qu’il n’en avait pas le droit. Elle mourut en août 1904. Le Maître la suivit un an plus tard le 2 août 1905, il avait seulement 56 ans.

 

Ses funérailles eurent lieu le 5 août 1905, le matin en l’église de L’Arbresle, l’après-midi en l’église Saint-Paul à Lyon. Son corps repose au cimetière de Loyasse, à Lyon, dans la sépulture de famille.

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