AMATERASU

     

Le Japon célèbre en 2020 les 2 680 ans de sa naissance légendaire, que la tradition shinto fixe au 11 février 660 avant J.-C., lorsque Jinmu, un descendant de la déesse du Soleil Amaterasu, est couronné Tenno, c’est-à-dire empereur, après avoir vaincu ses ennemis.

 

Les origines légendaires

La fondation du Japon est liée aux divinités du shinto, « la voie des dieux ». Le shinto est un ensemble de croyances assimilé à une religion, la plus ancienne de l’archipel. Il conçoit la nature comme un sanctuaire vivant où les esprits sont présents partout.

 

Cette naissance est racontée par deux livres rédigés au VIIIe siècle de notre ère, le Kojiki et le Nihon Shoki, qui compilent les antiques légendes shinto du Japon. Ces histoires sont antérieures à leur rédaction, l’écriture, venant de Chine et de Corée, n’étant apparue au Japon qu’au Ve siècle.

 

Aux origines du shinto et du Japon, il y a l’action séminale des esprits ou divinités, les kami Izanagi et Izanami, le couple primordial. Ils reçoivent l’ordre de kami supérieurs de créer la première terre à l’aide d’une lance en pierres précieuses, et donnent naissance à de nombreux autres kami, dont la déesse du Soleil Amaterasu, leur fille. Elle serait issue de l’œil gauche de son père, Izanagi. Amaterasu ordonne à son petit-fils Ninigi-no-Mikoto de gouverner sur la Terre et lui offre alors une épée, un miroir et une pierre polie sacrée, qui figurent aujourd’hui parmi les insignes impériaux du Japon.

 

Mais c’est au descendant de Ninigi, Jinmu, l’arrière-arrière-petit-fils d’Amaterasu, que la légende attribue la fondation de l’État japonais et de la dynastie impériale. Jinmu serait né, selon le Kojiki, le 1er janvier 711 avant J.-C.

Son existence historique n’est pas attestée mais, selon le Nihon Shoki, qui raconte ses exploits, il est le dernier d’une famille de quatre enfants et serait originaire, comme ses frères, de l’île de Kyushu, la grande île méridionale de l’archipel. Ses frères, menés par leur aîné Itsuse no Mikoto, décident d’émigrer vers l’est du Japon pour fonder un royaume sur l’île de Honshu.

 

Ils arrivent dans la région du Yamato, non loin de l’actuelle ville d’Osaka. Ils se heurtent à la résistance acharnée d’un chef local, Nagasunehiko, qui tue Itsuse dans une bataille. Jinmu pense que ses frères ont perdu pour avoir combattu à l’est contre le Soleil. Il décide alors de débarquer avec ses troupes à l’est de la péninsule de Kii, au sud du Yamato, et de se battre contre l’ennemi tourné vers l’ouest.

Jinmu et ses compagnons défont Nagasunehiko et remportent la victoire. Son couronnement comme Tenno, empereur, au palais de Kashihara le 11 février - 660, est considéré comme l’acte fondateur du Japon.

 

Il y établit une capitale et règne sur son empire durant 75 ans. Selon la légende, l’empereur Jinmu se serait éteint à l’âge de 126 ans, en 585 avant J.-C. L’empereur Jinmu a été traditionnellement célébré par les Japonais le premier jour du calendrier luni-solaire jusqu’en 1872. Le gouvernement impérial Meiji adopte à cette date le calendrier grégorien, et fixe au 11 février de l’an - 660 la naissance de l’État japonais. Cette date devient le Kenkoku kinen no hi ou « anniversaire de la fondation de l’État ».

 

Un sanctuaire construit en 1863 lui est dédié à Kashihara, dans la province de Nara, à l’endroit supposé de son couronnement. Il y est vénéré avec son épouse comme un kami. Le renouveau du culte de l’empereur Jinmu est lié à la restauration du pouvoir politique impérial après deux siècles de gouvernement shogunal et d’isolationnisme.

 

L’empereur Meiji (1868- 1912) engage à cette époque son empire dans une modernisation à marche forcée. Mais c’est surtout le gouvernement militaire, qui s’installe pour vingt ans à l’avènement de l’empereur Hirohito (1926-1989), qui utilise la légende de Jinmu pour légitimer l’expansionnisme nippon en Asie. Après la capitulation japonaise en septembre 1945 mettant fin à la Seconde Guerre mondiale, la date est supprimée par l’occupant américain. Elle est réintroduite en 1966 dans le calendrier japonais comme jour férié.

​Les origines historiques

Si la fondation légendaire du Japon et de la lignée impériale est fixée en 660 avant notre ère, les origines historiques du Japon sont plus récentes. Les traces du premier empereur historique, Ojin, sont à situer au IVe siècle après J.-C., bien que le Kojiki et le Nihon Shoki placent son règne entre 270 et 310, faisant de lui le 15e empereur depuis Jinmu.

 

L’apparition du Japon comme État est due à l’influence culturelle et technologique de la Chine et de la Corée sur le sud de l’archipel durant les premiers siècles de notre ère. Les innovations liées au travail du métal, le bronze puis le fer, ont rapidement balayé la civilisation néolithique nippone durant la période Yayoi (400 avant J.-C. - 250 après J.-C.).

Des centres politiques et économiques importants éclosent dans l’ouest du Japon, en particulier sur l’île de Kyushu.

 

Les chroniques chinoises de Wei donnent une idée du morcellement territorial japonais au IIIe siècle de notre ère. Le sud du pays est fragmenté en une trentaine de « pays » ou territoires tribaux, qui entretiennent avec la Chine de profitables relations commerciales.

Un début d’unification se fait à partir des « pays de la Reine », sur l’île de Kyushu, à la fin de ce siècle, où une souveraine aurait régné sur une alliance de tribus. Selon les historiens, cette domination d’un dirigeant soutenu par plusieurs clans pourrait tirer sa force de l’adaptation d’éléments culturels et technologiques chinois au contexte local.

 

L’origine de la famille impériale, qui règne un siècle plus tard sur une grande partie du Japon depuis la province de Yamato sur l’île d’Honshu, y puiserait sa véritable origine. La migration de ces clans unifiés vers l’île d’Honshu est probablement liée à la pauvreté des sols de l’île de Kyushu, peu propices aux cultures.

Leur alliance a peu à peu étendu son contrôle au Japon occidental et central jusqu’à l’actuelle province du Yamato. Leur installation ne s’y est pas faite sans résistance de la part des clans japonais ou aborigènes locaux, les Aïnous. La conquête du Yamato aurait contribué à forger la légende de l’empereur Jinmu, rapportée par écrit quelques siècles plus tard.

 

De cette conquête de la région de Nara et d’Osaka émerge, au milieu du IIIe siècle, un premier État politiquement et socialement structuré, avec à sa tête un souverain héréditaire : le Yamato. Il subsiste jusqu’au début du VIIIe siècle et donne son nom à la dynastie impériale. 2 679 ans après sa fondation légendaire par Jinmu, le Japon a célébré l’entrée en fonction d’un nouvel empereur, Naruhito, le 1er mai 2019, lors d’une cérémonie où les insignes impériaux et le sceau du chrysanthème lui ont été remis.

 

Il succède à son père Akihito qui avait abdiqué la veille. Naruhito devient le 126e empereur du Japon d’après la tradition. Il proclame lui-même son intronisation, selon les rites du shinto, le 22 octobre 2019. Bien que l’empereur ne possède plus de pouvoirs politiques depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, il incarne, selon la Constitution japonaise de 1946, le « symbole de l’État et de l’unité du peuple japonais ».

 

Par ses ascendances divines, son rôle religieux de grand-prêtre du shintoïsme a toujours primé sur son rôle politique, comme le rappelle la cérémonie d’action de grâce du Daijosai, accomplie le 15 novembre en l’honneur de la déesse Amaterasu.

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